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Entrevue avec une stagiaire du pôle enfance

Article rédigé par Béatrice Pinot, coopérante volontaire du Bureau international des droits des enfants, Canada[1], dans le cadre de son mandat en renforcement organisationnel auprès de Bayti.

Ayant rencontré une jeune stagiaire au sein de Bayti, je lui ai proposé de lui poser quelques questions afin de mieux comprendre sa présence et son stage au sein de l’Association. Hajar Gouaiti étudie à l’INAS[2] de Tanger. L’Institut National de l’Action Sociale est un établissement supérieur créé en 1981 à Tanger.

Hajar, peux-tu me donner plus de détails sur tes études ?

J’étudie à L’INAS en action sociale et je suis en 3e année. Il me reste un an d’étude et je serai diplômée. Après je pourrai être gestionnaire en affaires sociales, dans des établissements publics comme les tribunaux.

L’INAS de Tanger est le seul à former des gestionnaires en action sociale au Maroc. Nous ne sommes pas nombreux dans ma promotion, seulement 25 étudiants.

Le stage que je devais faire cette année est de trois mois et j’aurais pu le faire dans n’importe quel domaine relié au Social.

Hajar, Pourquoi avoir choisi Bayti pour faire ton stage ?

Je connaissais déjà Bayti et l’année dernière, j’ai fait mon stage à l’Unité de protection de l’Enfance situé dans le quartier Des hôpitaux et cela m’a plu de travailler avec des enfants. Alors j’ai contacté Abderrahman Bounaim, Coordonnateur pédagogique programme des petits à Bayti et je lui ai envoyé ma demande de stage ainsi que mes objectifs. Bayti connaît l’INAS et ont déjà reçu d’autres stagiaires. J’ai commencé mon stage à la fin du mois de mars. Je ferai un rapport que je soumettrai à Abderrahman mon référant de stage à Bayti et à l’INAS.

Quand je t’ai rencontrée la première fois, c’était au SAS Rue à Ain Chok, peux-tu me dire en quoi consistait ton travail ?

La première partie de mon stage s’est en effet déroulée au SAS, le local de Bayti à Ain Chok. J’ai travaillé avec Khadija Khalef, la responsable du centre. Mon travail a consisté en l’archivage des dossiers d’enfants qui avaient participé au programme d’éducation non formelle de Bayti, mais qui n’étaient plus là. Par ailleurs, j’ai pu faire des enquêtes familiales auprès de familles.

Est-ce que tu étais accompagnée pour faire ces enquêtes et combien en as-tu faites?

Oui, au début, Khadija m’a accompagnée pour me montrer comment faire, ensuite, j’ai fait les autres seules.

Une vingtaine. Parfois, il y avait des familles qui avaient plusieurs enfants qui fréquentaient Bayti.

Et quelles étaient les questions que tu posais aux familles ?

Je leur demandais des informations sur leur enfant, son parcours avant d’être pris en charge par Bayti et son évolution depuis sa prise en charge. Je leur demandais de me donner des exemples des changements observés depuis que leur enfant fréquentait l’éducation non formelle à Bayti.

Est-ce que les parents t’accueillaient bien?

Oui, j’ai vraiment été chaleureusement accueillie par les familles. Certaines avaient plusieurs enfants pris en charge par Bayti.

As-tu fait d’autres tâches pendant la première partie de ton stage?

Oui, je suis allée plusieurs fois à Bernoussi travailler avec Abderrahman pour archiver des dossiers d’enfants ayant déjà quitté Bayti et j’ai aussi travaillé à la mise à jour de la base de données qui contient tous les renseignements sur les enfants et leur parcours à Bayti.

Et maintenant que fais-tu?

Je travaille avec Youssef Hamouimid, l’éducateur de rue de Bayti. Je l’accompagne dans son travail. Nous nous promenons dans le quartier de la gare Ouled Ziane pour repérer les enfants. Youssef en connaît beaucoup et il leur parle.

Les enfants viennent aussi au bureau d’accueil que Bayti a dans la gare. J’ai pu voir quelles techniques et outils Youssef utilise avec les enfants. J’ai bien aimé le dossier que l’enfant fait avec Youssef avec son objectif à atteindre et comment il fait pour l’atteindre.

Le mardi, il y a une activité de Skateparc[3] à La Corniche. Youssef emmène un groupe d’enfants avec l’autobus de Bayti et là-bas, ils peuvent faire du skate ou du roller. Après ils mangent ensemble et sont ensuite ramenés à la gare.

Chaque semaine, Youssef emmène aussi un groupe au SAS Ain Chok où ils peuvent se laver, manger et se reposer.

J’ai essayé de faire quelques activités avec eux, comme de les encadrer au football.

Aimes-tu le travail de rue?

Oui, je trouve cela très bien, mais c’est très dur. Au début les enfants n’acceptaient pas ma présence et ne voulaient pas s’approcher, ni me parler. Youssef leur a expliqué que j’étais assistante sociale et ce que je faisais. Il les a rassurés. Peu à peu, ils m’ont acceptée.

Pourquoi voulais-tu travailler dans la rue?

Je veux acquérir des techniques et des outils pour pouvoir travailler les enfants. Le travail avec les enfants m’intéresse depuis longtemps et je crois que le travail dans la rue est celui qui est le plus dur.

As-tu vu des filles dans la rue?

Oui, mais elles n’ont pas voulu s’approcher. Elles ne voulaient même pas regarder dans ma direction. Avec les garçons, une fois qu’ils m’ont acceptée, c’était plus facile et il y en a qui m’ont raconté leur histoire.

Est-ce que tu aimerais être éducatrice de rue?

Ce métier est très dur et il y a des enfants avec des problèmes de toxicomanie. Cela me fait peur et je ne crois pas que je saurais comment agir avec eux. Youssef a beaucoup d’expérience et une certaine autorité sur les enfants que je n’ai pas.

D’après toi, que pourrait-on faire pour diminuer la présence d’enfants dans la rue ?

Il y a un déficit structurel pour s’occuper des enfants dans la rue. Youssef est l’un des rares éducateurs de rue. Cela prendrait plus d’intervenants.

La responsabilité de l’État doit aller vers les familles et les enfants. Les politiques publiques doivent être orientées vers eux. Il faut travailler avec les parents car beaucoup manquent d’éducation, sont analphabètes et parfois il y a des problèmes de toxicomanie.

Il faut responsabiliser les parents et les aider à prendre en charge leurs enfants. Il existe un programme national, NAJAH pour lutter contre l’abandon scolaire. Ce programme a été implanté dans quelques régions très pauvres et un montant par jour était donné aux parents pour qu’ils envoient leurs enfants à l’école au lieu de les faire travailler. Cela a très bien fonctionné. Ce programme devrait être généralisé.

Je crois que les systèmes de l’Éducation et de la Santé devraient être réformés aussi pour mieux s’adapter aux familles et aux enfants. Surtout au niveau du système scolaire car les méthodes utilisées sont encore trop rigides et cela peut inciter les enfants à abandonner l’école.

Finalement, il faut mieux former tous les intervenants qui travaillent avec les enfants. Ils n’ont ni les outils ni les techniques adéquates pour bien s’occuper des enfants.

À l’INAS, la formation est orientée fortement vers l’approche Droit. Travailler avec des enfants n’est pas à la portée de tout le monde. On ne peut pas traiter un enfant comme on traite un adulte. Ses besoins ne sont pas les mêmes. Je crois que tous les intervenants sociaux devraient faire des stages avec des enfants afin de mieux comprendre.

Qu’est-ce que tu as bien aimé de ton stage ?

Le travail de rue, j’aime vraiment cela.

Les personnes avec qui j’ai travaillé sont vraiment gentilles et m’ont donné beaucoup d’information. Je n’ai pas travaillé personnellement avec Yamna Taltit, responsable Pôle Expertise et Formation, mais elle m’a envoyée toute l’information que je lui ai demandée.

Et qu’as-tu le moins aimé?

J’aurais aimé pouvoir rencontrer les assistantes sociales, mais cela ne s’est pas fait. Par ailleurs, je n’ai pas pu être en contact avec les enfants du foyer. Peut-être que mon stage aurait pu être plus encadré en fonction des objectifs que j’avais.

Notre conversation s’est déroulée de façon plus informelle sur d’autres sujets. Hajar est une jeune femme très inspirante et je lui souhaite toute la réussite possible pour la suite.

Au cours de mon mandat auprès de Bayti, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes très impliquées dans leur métier auprès des enfants et toutes ont la même volonté, la protection et le respect des droits des enfants. Merci pour votre engagement de chaque instant.

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[1] En consortium avec Avocats sans frontières Canada, le Bureau international des droits des enfants a mis en œuvre un projet visant la « Protection des enfants, femmes et autres collectivités vulnérables » dans le cadre du Programme de coopération volontaire financé par Affaires mondiales Canada. Ce projet prévoit le déploiement de coopérantes volontaires canadien(ne)s au sein d’organisations partenaires du secteur des droits de la personne afin de mettre à profit leur savoir-faire et répondre aux besoins des partenaires et des bénéficiaires par des activités de renforcement des capacités.

[2] L’INAS de Tanger – l’Institut National de l’Action Sociale – assure la formation et le perfectionnement des personnels destinés à travailler dans le domaine de l’Action Sociale, qui seront affectés dans les administrations publiques, les collectivités locales et dans les organismes semi-publics et privés.L’enseignement dispensé à l’INAS comprend un premier cycle de deux ans pour la formation des conseillers sociaux. Un deuxième cycle de deux années est mis en place pour la formation des gestionnaires en affaires sociales.

[3] Cette activité gratuite est offerte par Amine Mouktamil qui a créé en 2014 la première école de sports extrêmes au Maroc a construit un véritable « skateparc 100% marocain » à La Corniche, Casablanca,avec comme objectif de développer les sports extrêmes au Maroc comme moyen d’aider la jeunesse défavorisée. Son skateparc accueille maintenant plus de mille jeunes par mois.

A propos de Atika Doghmi

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