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Une visite à l’antenne de Bayti à Essaouira

Article rédigé par Béatrice Pinot, coopérante volontaire du Bureau international des droits des enfants, Canada[1], dans le cadre de son mandat en renforcement organisationnel auprès de Bayti.

Essaouira, est située au bord de l’océan Atlantique. Ville portuaire, chef-lieu de la province d’Essaouira, elle se trouve au sein de la région de Marrakech-Safi. En 2014, elle comptait presque 78 000 habitants.

Fondée par les Portugais et connue auparavant sous le nom de Mogador, Essaouira est un ancien port d’importance sur la côte Atlantique Sud du Maroc. Toutefois à la suite du déclin de l’activité portuaire et de l’industrie de la sardine, principales sources de revenus, la ville s’est tournée vers le tourisme qui a alors connu un essor certain. Chaque année, des milliers de touristes la visitent, attirés par la pittoresque médina, le port et ses pêcheurs, l’océan Atlantique et l’art des artisans locaux. Avec ses magnifiques plages, ses vagues et son vent presque toujours présent, Essaouira est le terrain de jeu privilégié des amateurs de sports nautiques (Surf, voile, kite surf, etc.).

Au-delà de ce paysage idyllique, se cache une triste réalité, celle de la pauvreté. Essaouira est l’une des villes les plus pauvres au Maroc, et ce, malgré son tourisme. Seule grande villed’une région rurale défavorisée, nombreux sont ceux qui ont quitté leurs villages pour y trouver du travail. Malheureusement, le chômage est élevé et le tourisme ne profite qu’à une minorité. Beaucoup de familles vivent dans une extrême vulnérabilité sociale et économique avec des conséquences terribles pour les enfants comme l’exclusion sociale, la non-scolarisation, la maltraitance, la vie dans la rue, les problèmes de drogue et d’alcool ou encore l’exploitation économique et les abus sexuels.

C’est dans ce contexte qu’à la fin des années 90, à la suite d’une rencontre déterminante entre Hassan El Kadiri, alors désireux de mettre en œuvre un programme orienté vers ces enfants, et Najat M’Jid, la fondatrice de Bayti à Casablanca, que l’antenne Bayti-Essaouira a vu le jour. Depuis, Hassan, épaulé de Najat Ouberka, assistance sociale et Asmaa Eddaoudi El Kadiri, éducatrice, en assure la gestion.

Depuis quelques années, la pérennité financière de l’association est fragile et des choix douloureux ont dû être faits. Ainsi, l’antenne de Bayti à Essaouira a dû fermer les portes du foyer qui lui permettait

d’accueillir à temps plein des enfants en rupture complète avec leurs familles, de se séparer de collaborateurs et de son programme d’éducation non formelle, faute de budget adéquat.

Malgré tout, l’équipe continue à accueillir une soixante d’enfants par jour auxquels elle offre différents programmes et services et ce, grâce à un réseau de bénévoles très impliqués. Tout comme le siège social à Casablanca, les intervenants de Bayti travaillent au niveau de la réhabilitation psychosociale de l’enfant, sa réinsertion scolaire et professionnelle ainsi que sa réinsertion dans sa famille s’il est dans la rue.

Des séances de soutien scolaire offertes presque quotidiennement permettent aux enfants et jeunes pris en charge d’intégrer ou de réintégrer le système scolaire. Une attention particulière est accordée aux plus âgés qui doivent passer leur baccalauréat sanctionnant la fin de leurs études secondaires. En 2015, 65 enfants ont bénéficié régulièrement de ces séances. Leur niveau scolaire s’est amélioré, mais aussi leur concentration et leur comportement. Certains d’entre eux ont pu bénéficier d’une inscription gratuite dans des écoles privés. Ces séances ont aussi un impact auprès de la famille des enfants. En effet, grâce à des suivis de l’équipe auprès des parents, ces derniers s’impliquent plus dans le suivi scolaire de leurs enfants. Ces actions combinées permettent de diminuer les taux d’abandon scolaire et d’absentéisme. Depuis que l’antenne de Bayti existe à Essaouira, 36 jeunes ont réussi leur baccalauréat, améliorant significativement leur estime de soi, leur confiance, leur employabilité et surtout, leur offrant l’opportunité d’avoir une meilleure vie.

Les activités de Bayti ne se limitent pas seulement au soutien scolaire, des enquêtes familiales auprès des familles permettent de mieux comprendre la réalité des enfants pris en charge et d’établir les priorités et les besoins. Entre autres, les parents comme les enfants peuvent être accompagnés dans des démarches administratives au niveau de l’état civil en vue de l’obtention de cartes d’identité ou autres papiers légaux comme la reconnaissance parentale. En effet, sans ces papiers pourtant légitimes, l’enfant ne peut être inscrit à l’école et n’a aucun statut juridique légal.

Des services d’écoute et de médiation permettent de régler des conflits conjugaux et familiaux et viennent aider l’enfant à avoir un climat familial plus sain et mieux adapté à ses besoins et des suivis réguliers sont faits dans les familles pour suivre l’évolution de la situation.

En travaillant aussi avec les parents, l’équipe de Bayti, au travers de groupes de paroles, de la sensibilisation et des suivis, les responsabilisent autour de l’éducation de leurs enfants et de leurs droits et aident à prévenir la violence familiale.

Un repas est servi tous les jours aux enfants et jeunes et parfois des compléments leur sont offerts dans la journée afin de leur offrir une alimentation plus riche. Des séances de sensibilisation à l’hygiène et des soins de santé sont aussi prodigués. L’équipe d’Essaouira a su développer au travers de toutes ces années une relation de confiance avec les différents services sociaux, administratifs et juridiques de la ville qui portent maintenant un regard plus compréhensif sur ces enfants.

Finalement, des activités plus ludiques ou sportives sont aussi offertes. Les impacts sont indéniables, concentration, persévérance, cohésion du groupe, écoute, estime de soi, volonté et bien d’autres. Grâce à des partenariats avec des associations sportives locales, les enfants ont accès au surf, au football ou encore à des colonies de vacances ou des sorties mensuelles.

Au début des activités de Bayti à Essaouira, trois profils d’enfants se retrouvaient dans la rue, ceux qui n’avaient plus aucun lien avec leur famille, ceux qui étaient à risque au sein de leur famille et que l’on retrouvait à mendier ou à se prostituer et les enfants travailleurs. Aujourd’hui, les enfants de la rue ont en général un lien avec leur famille, mais ils fuient la violence conjugale et familiale et bien souvent, sont exploités économiquement et connaissent la prostitution et les problèmes de drogue ou d’alcool.

En 17 ans d’existence, l’équipe Bayti d’Essaouira a accueilli et accompagné plus de 1 400 enfants. Malgré ces dernières années plus difficiles, Hassan, Asmaa et Najat n’ont jamais baissé les bras et continuent d’offrir une maison accueillante aux enfants et jeunes en situation difficile.



[1]En consortium avec Avocats sans frontières Canada, le Bureau international des droits des enfants a mis en œuvre un projet visant la « Protection des enfants, femmes et autres collectivités vulnérables » dans le cadre du Programme de coopération volontaire financé par Affaires mondiales Canada. Ce projet prévoit le déploiement de coopérantes volontaires canadien(ne)s au sein d’organisations partenaires du secteur des droits de la personne afin de mettre à profit leur savoir-faire et répondre aux besoins des partenaires et des bénéficiaires par des activités de renforcement des capacités.

A propos de Atika Doghmi

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